Le travail vidéo d'Armelle Aulestia -vidéo étant ici une expression
employée faute de mieux, puisque les images animées de cette artiste sont enregistrées sur des supports numériques, et n'ont rien à voir avec la technique vidéo proprement dite - me paraît avoir ceci d'exemplaire qu'il assume avec finesse et rigueur une double filiation, qui le rattache au cinéma d'un côté, à la peinture et à la photographie de l'autre. La forme brève et l'absence de progression narrative sont du côté de la peinture, de la photographie, et de ce temps du regard qui est propre à l'image fixe. Le soin apporté à l'élaboration du son, les citations de musique de film, les travellings et la manipulation des couleurs se rapportent eux, au monde du cinéma (du cinéma expérimental bien sûr, dont l'artiste connaît visiblement bien l'histoire, mais pas seulement : tel plan qui réveille le souvenir de Jonas Mekas peut soudain chez elle faire place à une image évoquant l'univers de Tarkovski). Armelle Aulestia pense vraiment la question de l'image animée dans le monde du musée et de l'exposition, et ne tient pas, comme le font aujourd'hui certains artistes, le musée et l'exposition pour de simples réseaux alternatifs de diffusion. Son œuvre se plie aux exigences du cinéma et de la peinture, et invente un entre-deux, un espace de tension.

 

The video work by Armelle Aulestia—the term “video” is being used for lack of a better term; the images animated by the artist are recorded on digital supports and therefore are not truly video works—is exemplary in that it assumes, with finesse and severity, a double filiation connecting it with both painting and photography.
The short format and the absence of a narrative progression hail from the domain of painting, of photography, and of the slice of time that is found in fixed images. The care given to the creation of the sound, citations of music from films, zoom shots, and the manipulation of the colors come from the world of film (the artist
knows the history of experimental film very well, certain images reminiscent of Jonas Mekas also evoke the universe of Tarkovski). Armelle Aulestia has long considered the question of moving images in the world of museums and exhibits and does not insist, like certain artists today, on using these venues as simple
alternative networks of diffusion. Her oeuvre bows to the demands of film and painting, and invents a intervening period, a tension.

 

Didier Semin