Un parcours nocturne en autoroute semblable à une hallucination psychédélique (Circle Dream), un manège forain suspendu dans une ambiance de Belle au bois dormant (Baby Skooter), un chantier de construction où une créature inquiétante s’échine dans un boucan dantesque (Cleaning the First Circle of Hell) : voilà quelques-uns des moments que nous proposent les vidéos d’Armelle Aulestia, prélevés à même le monde comme il va puis travaillés de façon à leur assurer cette autonomie fragile, ambiguë, qu’a tout fragment ou morceau détaché. Chacune de ces œuvres fait le pari d’une forme qui lui serait propre, déduite sans a priori de l’enregistrement d’une situation dont l’artiste tout à la fois élabore et retrouve la logique immanente. D’où un « effet fiction », dû au montage (parfois infime, mais toujours présent), au traitement de la couleur ou au caractère musical de la bande-son. Nul élément explicitement narratif, pourtant : il ne s’agit en rien de raconter une histoire — pas plus que d’informer sur tel ou tel sujet. Cette réserve, ce retrait rattachent Armelle Aulestia à une esthétique que l’on pourrait dire minimaliste, au sens le plus ouvert du terme, loin de toute visée littéraire ou documentaire, aussi bien, du reste, que de toute exploration narcissique. L’œuvre est un objet spécifique dont la perception est l’objet — ce qui n’exclut pas une délectation certaine.


Jean-Pierre Criqui

 

 

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Armelle Aulestia travaille principalement avec la photographie, la vidéo, le son.


Il s’agit d’un travail organisé le plus souvent par séries ou variations et dans lequel la couleur, la construction temporelle, les apparitions et les disparitions d’images, les jeux visuels et sonores valent comme autant de surfaces de projection où se mêlent fascination visuelle et absence de récit.
Les images et les sons sont élaborés par altération ou déformation (ralentissement, flou, coloration, extension...) afin d'atteindre un certain état de déréalisation et de susciter un espace et un temps indéterminés : expérience d'absorption, d'englobement du spectateur, qui tend à provoquer une sensation d'ordre hypnotique.
Les pièces conçues spécifiquement pour Internet sont quant à elles fondées sur les jeux de mots, la perception auditive, le "non-sens" et le rythme.

 

Armelle Aulestia works with photography, video, sound.


The work is organized in series and variations, in which color, constructed time, the appearance and disappearance of images, and the play of vision and sound can be described as projection surfaces where visual fascination blends with an absence of narrative.
The images and sounds are realized by alteration or deformation (slowing-down, focus, colorization, expansion...) in order to attain a state of unreality and to evoke indeterminate space and time: experience of absortion, or engulfing of the spectator, which tends to provoke a hypnotic effect.
The works conceived specifically for the Internet are based on word play, auditory perception, nonsense, and rhythm.